Introduction
L’Afrique centrale fait face à des défis majeurs en matière de transit de marchandises. Avec des coûts parmi les plus élevés du continent et des délais souvent imprévisibles, le transit représente un frein significatif au développement du commerce régional. Pourtant, des solutions existent pour améliorer cette situation et transformer le transit en véritable moteur de croissance économique.
Les Coûts Élevés du Transit : Un Handicap Structurel
Les coûts et délais de transit ont une incidence directe sur la compétitivité des pays d’Afrique centrale. Selon une analyse de la CNUCED réalisée en 2021, plusieurs facteurs expliquent cette situation :
Infrastructure portuaire insuffisante : Dans les ports, les marchandises sont souvent transbordées en raison du refus des lignes maritimes d’envoyer les conteneurs directement vers les pays enclavés. Ce transbordement accélère la détérioration des marchandises et augmente significativement les coûts.
Multiplicité des contrôles : Les barrages routiers, contrôles policiers, phytosanitaires et fiscaux se multiplient aux frontières, créant des goulots d’étranglement qui ralentissent considérablement le flux des marchandises.
Systèmes de permis restrictifs : Les accords d’attribution du fret mis en place par certains pays entravent la fluidité du transit régional, privilégiant des opérateurs nationaux au détriment de l’efficacité.
Appartenance multiple aux communautés régionales : Le fait que les pays de la CEMAC appartiennent également à d’autres organisations comme la CEEAC complique l’harmonisation des procédures et crée des incohérences réglementaires.
Le Cameroun : Hub Stratégique du Transit Régional
Le Cameroun occupe une position unique en tant que seul pays partageant une frontière terrestre avec tous les autres États membres de la CEMAC. Cette position géographique en fait naturellement le hub des activités de transit de la sous-région.
Chiffres clés du transit camerounais :
- 350 milliards FCFA de marchandises tchadiennes transitent annuellement par le Cameroun
- 55 milliards FCFA de marchandises centrafricaines empruntent les corridors camerounais
- Les deux ports principaux de Douala et Kribi constituent les principales portes d’entrée maritime de la sous-région
Investissements en cours : Un chantier routier transnational de 766 km entre les pays de la CEMAC et de la CEDEAO est actuellement en construction à partir du Cameroun. Un tronçon de 143 km viendra renforcer les réseaux existants reliant le Cameroun à la République Centrafricaine via Garoua Boulaï à l’Est, et au Gabon ainsi qu’à la Guinée Équatoriale par Kyé-Ossi au Sud.
Le réseau ferroviaire transnational s’étendra bientôt au Tchad voisin, promettant de décupler les capacités de transit dans la sous-région.
Les Initiatives d’Harmonisation Régionale
Face aux défis du transit, la CEMAC a mis en place plusieurs initiatives importantes :
Le Comité Régional de la Facilitation des Échanges (CRFÉ) : Créé en 2018 sous les auspices de la CEEAC et de la CEMAC, ce comité vise à créer un cadre de concertation entre les parties prenantes pour coordonner la mise en œuvre de l’Accord sur la Facilitation des Échanges (AFE) de l’OMC.
Harmonisation des règlements douaniers : En octobre 2022, lors de la 38e session du Conseil des ministres de l’UEAC, plusieurs décisions majeures ont été adoptées :
- Règlement fixant le statut d’Opérateur Économique Agréé (OEA) et les modalités de reconnaissance mutuelle
- Création de bureaux de douane juxtaposés aux frontières
- Dématérialisation des documents douaniers
Adoption du système CAMSIS : Les pays membres ont adopté ce système informatique pour la gestion harmonisée du transit des marchandises dans la zone CEMAC, facilitant le suivi et la traçabilité des expéditions.
Solutions Pratiques pour Optimiser le Transit
1. Transparence et accès à l’information
L’Accord sur la Facilitation des Échanges prévoit que chaque pays mette à disposition sur Internet une description de ses procédures de transit, les formulaires et documents requis. Une meilleure démocratisation de l’accès à Internet, notamment dans les régions éloignées, permettrait aux opérateurs économiques de profiter pleinement de ces efforts de transparence.
2. Coordination entre acteurs publics et privés
Le dialogue entre administrations douanières, transporteurs routiers, commissionnaires en douane et opérateurs économiques doit être renforcé pour identifier et résoudre rapidement les blocages opérationnels.
3. Professionnalisation du secteur
La formation continue des acteurs du transit (déclarants en douane, gestionnaires logistiques, transporteurs) est essentielle pour améliorer l’efficacité des opérations et réduire les erreurs coûteuses.
4. Modernisation des infrastructures
L’investissement dans les ports, routes et plateformes de dédouanement est crucial. En 2024, le renforcement des infrastructures portuaires au Cameroun a contribué à réduire les délais de dédouanement, avec une collecte douanière record de 830 milliards FCFA à fin septembre.
L’Impact du Commerce Informel
Le commerce transfrontalier informel représente un défi et une opportunité pour le transit en Afrique centrale. Selon des études, ce commerce à petite échelle constitue environ 50% du commerce intra-africain et assure la subsistance de millions d’Africains.
Ce secteur est souvent très structuré autour d’organisations et de réseaux pouvant opérer à grande échelle. Cependant, une partie importante de ces flux transite par des postes officiels où ils sont soumis à de fortes sollicitations des agents de l’administration, sans que ces transactions se traduisent pleinement dans les statistiques officielles.
Perspectives d’Avenir
Les perspectives du transit en Afrique centrale dépendent de plusieurs facteurs :
Intégration régionale renforcée : L’aboutissement des projets d’infrastructure routière et ferroviaire pourrait considérablement améliorer la connectivité régionale. Les experts prévoient que les volumes de transit pourraient significativement augmenter avec la finalisation de ces investissements.
Libre circulation effective : Les accords sur la libre circulation des personnes et des biens doivent être pleinement mis en œuvre pour que le commerce intracommunautaire, actuellement estimé à seulement 1% des échanges selon la Commission CEMAC, puisse réellement décoller.
Digitalisation accélérée : La transformation numérique des procédures douanières et de transit est en cours. La directive CEMAC de 2022 relative à la dématérialisation des documents constitue un pas important vers plus d’efficacité.
Conclusion
Le transit de marchandises en Afrique centrale traverse une phase de transformation. Si les défis restent nombreux – coûts élevés, délais imprévisibles, infrastructures insuffisantes – les initiatives régionales d’harmonisation et les investissements massifs dans les infrastructures laissent entrevoir des perspectives encourageantes.
Pour les entreprises, l’optimisation du transit passe par une connaissance fine des corridors disponibles, un choix judicieux des prestataires logistiques et une anticipation rigoureuse des procédures administratives. Le Cameroun, de par sa position géographique stratégique, est appelé à jouer un rôle central dans le développement du transit régional, à condition que les investissements en cours portent leurs fruits.
