Import-Export en Zone CEMAC : Opportunités et Défis pour les Entreprises en 2024-2025

Introduction

La zone CEMAC, avec ses six États membres et une population de plus de 50 millions d’habitants, représente un marché dynamique aux opportunités commerciales considérables. Alors que l’économie régionale se diversifie progressivement au-delà du pétrole, les échanges commerciaux intrarégionaux et avec le reste du monde connaissent des évolutions importantes. Décryptage des tendances actuelles et des perspectives pour les acteurs de l’import-export.

Le Contexte Économique de la CEMAC en 2024-2025

Selon le Baromètre économique de la Banque mondiale publié en juin 2024, la région CEMAC fait face à des défis structurels tout en affichant des signaux de reprise.

Indicateurs économiques clés :

  • Croissance régionale ralentie à 1,7% en 2023 contre 3,1% en 2022, principalement en raison de la baisse de l’activité pétrolière
  • Inflation en décrue : de 6,3% en décembre 2022 à 4,8% en septembre 2023
  • Ratio dette/PIB dépassant le critère de convergence de 70% dans certains pays (Congo, Gabon)
  • Perspectives de croissance modérée à moyen terme

Défis structurels persistants :

  • Taux de chômage élevé, particulièrement chez les jeunes (1 jeune sur 4 ne travaille ni n’étudie)
  • Informalité importante dans l’économie
  • Déficit d’infrastructures : 50% de la population congolaise et près de 90% de la population tchadienne n’ont pas accès à l’électricité
  • Obstacles aux activités commerciales (routes inadéquates, ports limités, nombreux contrôles)

Évolution du Commerce Intrarégional : De 1% à un Potentiel Inexploité

Il y a cinq ans, les experts de la Commission CEMAC estimaient que les échanges commerciaux entre les six pays tournaient autour de 1% du commerce total. Ce faible volume s’expliquait par plusieurs facteurs :

Obstacles historiques :

  • Repli identitaire de certains pays membres
  • Rivalités politiques, notamment dans la quête de leadership régional
  • Barrières frontalières et multiplication des contrôles
  • Manque d’harmonisation des régimes fiscaux nationaux

Évolution récente : Suite aux accords sur la libre circulation et aux efforts d’harmonisation réglementaire de 2022, l’instinct communautaire reprend progressivement le dessus. Le commerce transfrontalier s’intensifie, porté notamment par :

  • Les produits agricoles (44% des échanges intrarégionaux selon la Commission CEMAC)
  • Les produits manufacturés
  • Les matières premières transformées

Les Opportunités Sectorielles

1. Agriculture et agroalimentaire

L’agriculture représente le premier poste d’échanges intracommunautaires. Les produits agricoles et horticoles circulent principalement à travers les marchés frontaliers, créant des opportunités pour :

  • L’export de produits frais vers les pays voisins
  • La transformation locale de matières premières agricoles
  • Le développement de chaînes de valeur régionales

2. Bois et produits dérivés

Le Cameroun et le Gabon sont des exportateurs majeurs de bois. Les opportunités incluent :

  • L’export de bois brut et débité
  • La transformation locale pour augmenter la valeur ajoutée
  • L’exportation vers les marchés internationaux via les ports de la zone

3. Produits manufacturés

La volonté de diversification économique crée des opportunités pour :

  • Les produits de consommation courante
  • Les matériaux de construction
  • Les biens d’équipement industriels

Le Cadre Réglementaire : Entre Harmonisation et Spécificités Nationales

Les instruments communautaires :

  • Code des Douanes révisé CEMAC : Harmonise les procédures douanières
  • Tarif Extérieur Commun (TEC) : Appliqué aux importations de pays tiers
  • Tarif Préférentiel CEMAC : Facilite les échanges intracommunautaires
  • Réglementation des changes CEMAC : Encadre les transactions financières

Particularités nationales : Malgré l’harmonisation, chaque pays maintient certaines spécificités fiscales et réglementaires pour attirer les investissements directs étrangers. Cette situation crée parfois des incohérences qui limitent l’intégration commerciale complète.

Les Accords de Partenariat Économique (APE)

Le Cameroun bénéficie d’accords préférentiels avec l’Union européenne et la Grande-Bretagne qui impactent significativement l’import-export.

9e phase de démantèlement tarifaire (août 2024) :

  • Exonération de 100% pour les marchandises des groupes 1 et 2
  • Exonération de 50% pour les marchandises du groupe 3 (produits à rendement fiscal élevé)

Impact : Cette libéralisation progressive a des conséquences contrastées :

  • Opportunités accrues pour l’importation de biens d’équipement et matières premières européens
  • Concurrence accrue pour les producteurs locaux
  • Pertes de recettes douanières (augmentation de 61% des pertes à fin juin 2023)
  • Besoin de stratégies de compétitivité pour les entreprises locales

Défis Opérationnels pour les Importateurs-Exportateurs

1. Logistique et transport

Les coûts logistiques restent élevés en raison de :

  • L’état variable des infrastructures routières
  • La congestion portuaire périodique
  • Le manque de coordination entre modes de transport
  • Les délais imprévisibles aux frontières

2. Accès au financement

Le coût élevé du crédit entrave le développement des activités commerciales. Les entreprises peinent souvent à obtenir des facilités de financement du commerce extérieur à des taux compétitifs.

3. Conformité réglementaire

La complexité et la multiplicité des réglementations (douanières, sanitaires, techniques, environnementales) nécessitent une expertise pointue ou le recours à des conseillers spécialisés.

4. Gestion des risques

Les entreprises doivent gérer plusieurs types de risques :

  • Risque de change (bien que la zone CEMAC partage le franc CFA)
  • Risque politique dans certaines régions
  • Risque de contrepartie dans les transactions commerciales
  • Risque de non-conformité réglementaire

Solutions et Bonnes Pratiques

1. Professionnalisation et formation

Investir dans la formation des équipes commerciales et logistiques sur les spécificités de la zone CEMAC est essentiel. Les séminaires spécialisés, comme celui organisé sur le code douanier révisé à Douala en octobre 2022, permettent de maîtriser les évolutions réglementaires.

2. Partenariats stratégiques

Établir des partenariats avec des acteurs locaux fiables (transitaires agréés, transporteurs, distributeurs) facilite la pénétration des marchés et réduit les risques opérationnels.

3. Utilisation des outils numériques

Tirer parti de la dématérialisation en cours :

  • Plateforme e-GUCE pour les procédures d’importation
  • Systèmes de suivi en ligne des expéditions
  • Communication digitale avec les administrations

4. Adaptation aux marchés locaux

Comprendre les spécificités culturelles et commerciales de chaque marché national au sein de la CEMAC est crucial pour réussir. Les approches uniformes fonctionnent rarement dans une zone aussi diverse.

Perspectives avec la ZLECAf

La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) ouvre de nouvelles perspectives pour les acteurs de l’import-export en zone CEMAC :

Opportunités :

  • Élargissement du marché potentiel à l’échelle continentale
  • Réduction progressive des barrières tarifaires
  • Harmonisation des règles d’origine
  • Développement de chaînes de valeur africaines

Défis :

  • Concurrence accrue avec les producteurs d’autres régions africaines
  • Nécessité d’améliorer la compétitivité des produits CEMAC
  • Adaptation aux nouvelles règles commerciales panafricaines

Conclusion

L’import-export en zone CEMAC traverse une phase de transformation caractérisée par des efforts d’harmonisation réglementaire, des investissements dans les infrastructures et une intégration progressive dans les dynamiques commerciales continentales.

Pour les entreprises, les opportunités sont réelles mais nécessitent une approche professionnelle, une connaissance fine des marchés et des réglementations, ainsi qu’une capacité d’adaptation aux évolutions constantes du cadre commercial régional. La tendance est à l’optimisme prudent : si les défis structurels persistent, les signaux positifs se multiplient, notamment avec la modernisation des procédures douanières et l’amélioration des infrastructures portuaires.

Les entreprises qui réussiront seront celles capables de combiner excellence opérationnelle, conformité réglementaire rigoureuse et compréhension approfondie des dynamiques locales et régionales.

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